« Ad nerrez wala ad neknu »
(« Plutôt rompre que plier »)
La petite Kabylie (en kabyle et de manière indifférenciée de la grande
Kabylie : Tamurt n leqbayel, littéralement « le pays des
Kabyles », c'est-à-dire étymologiquement « le pays des tribus »)
est une région naturelle et historique située dans le nord est de l'Algérie et faisant partie
de la Kabylie.
Les colonsfrançais ont d'abord
tracé
les frontières d'un point de vue culturel, dont le but était de reconnaître
ses ennemis, c'est ainsi qu'ils ont par la suite surnommé « Petite
Kabylie » la région située d'Est en Ouest à partir
de « l'oued Aggrioun » dans l'Est de la
wilaya de Béjaïa
jusqu'au Sahel (côte) de la ville de Jijel. Ce tracé
a été fait pour différencier cette région de la « Kabylie proprement
dite » ou « Grande Kabylie », région culturelle
considérée comme le territoire du Peuple Kabyle étendu de 146 kilomètres
entre Dellys et l'Est de Bougie, établissant la
frontière Sud au Guergour et au Medjana.
En 1847, Étienne Carette mena une enquête scientifique dans laquelle
il conclut qu'il existait bien une Kabylie proprement dite et qu'il y a certes une
continuité géographique et culturelle jusqu'à Jijel mais cela ne
suffit pas pour en faire une seule et même région. Il nomma ainsi la «
petite Kabylie » par opposition à la « grande
Kabylie autrefois appelée "Kabylie proprement dite" ». Il décrivit
ainsi la situation « Aussi adoptons-sans la moindre hésitation le cours
inférieur de l'oued Aggrioun jusqu'à son embouchure dans la mer, comme la limite
entre le sahel de Djidjel et celui de Bougie, entre le pays des Kabyles et la Kabylie proprement
dite ». Pour Carette la différence entre la Kabylie proprement dite et la petite
Kabylie est surtout d'ordre de niveau de vie et de manière d'habiter.
Cette classification et ce travail étaient surtout destinés à instruire les
militaires sur le pays qu'ils se préparaient à conquérir, ignorant ainsi les
différences sociales, ethniques propres à chaque région mais aussi les
différences de langues. Seul le nom de la « Kabylie proprement
dite » changea en « Grande Kabylie », puis
la région des babors prit le nom de « Petite Kabylie »
. Mais longtemps encore on continuera à tort à considérer les populations
habitant à l'Est et à l'Ouest de Bougie comme étant un seul et même peuple.
Ce n'est qu'à partir de 1851 quand fut décidée l'expédition de
Saint-Arnaud que la dénomination de Kabylie orientale entra en usage courant pour désigner la
région arabophone située à l'Est de la petite Kabylie, de Jijel jusqu'à la
vallée de safsaf (Wilaya Skikda). Lorsque les Français occupent le sahel de Collo en 1858, un interprète
militaire, Charles Féraud, suit la colonne expéditionnaire et publie en 1862 une monographie
décrivant la région qu'il découvre, ainsi il élargit encore les frontières de
la Kabylie Orientale jusqu'à l'Edough près de Bône
Par la suite, ce terme de « petite Kabylie » a été
utilisé pour un but spécifiquement géographique pour désigner la zone des Babors, cet important massif situé au
nord des Bibans et du Guergour. Les géographes ont par
la suite étendu ce nom à l'ensemble de la région montagneuse qui s'étend de la
vallée de la Soummam (à l'Est de la ville de Béjaïa) à la
vallée de l'oued Djendjen (centre de la Wilaya de Jijel), formant alors un vaste triangle en passant par le Djebel Babor (au nord de
la Wilaya de
Setif). Dès lors la région du Djurdjura prit le nom de « Grande Kabylie », là
aussi pour désigner une zone strictement géographique, à ne pas confondre avec
la « Grande Kabylie » culturelle synonyme
de « Kabylie proprement dite » décrite plus haut.
Après l'indépendance de l'Algérie,
le terme de petite Kabylie est de nouveau employé avec cependant des
différences par rapport à l'époque coloniale notamment du
fait du découpage administratif du pays en Wilayas. En effet la
wilaya de
Béjaïa
dont moins de la moitié faisait partie de la petite Kabylie fait maintenant,
dans la mémoire collective, partie entièrement de celle-ci. De plus
la grande Kabylie étant aujourd'hui plus rattaché à
la région du Djurdjura certaines
communes comme celles de la Kabylie du guergour
et des bibans qui appartenaient auparavant à
cette dernière en sont maintenant exclues au
profit de la petite Kabylie.
De nos jours en prenant en compte le facteur culturel des habitants on peut dire que la petite Kabylie
s'étend du cap Sigli à l'ouest de la wilaya de Bejaïa jusqu'à
El Aouana à
l'ouest de la wilaya de
Jijel10.
Le terme désigne généralement les régions berbérophones
situées à l'Est de la Kabylie du Djurdjura,
région qui englobe : la Kabylie des Babors
berbérophone
(Wilaya de
Béjaïa et
Nord-Est de la Wilaya
de Setif) et Nord-Ouest
de la Wilaya de Jijel,
la Kabylie
des Bibans (le Nord de la
wilaya
de Bordj Bou Arreridj)
et la Kabylie du Guergour (Nord-Ouest de la
wilaya de Setif).
:
« notamment dans les couches moyennes scolarisées, c’est
plutôt le français qui concurrence significativement le berbère,
bien sûr à l’écrit, mais aussi dans toutes les situations
formelles ou requérant une certaine élaboration linguistique
(usages techniques et scientifiques, politiques…). Cette tendance est
confirmée par de nombreux indices objectifs : prégnance de
prégnance des chaînes de télévision françaises,
multiplication des écoles privées francophones, usage commercial et
publicitaire quasi exclusif du français… »
p. 2 (éd. en ligne) :
« les seuls lieux de Kabylie où l’on peut constater une
présence de l’arabe classique sont les espaces institutionnels formels,
placés sous le contrôle direct de l’administration centrale de
l’État : écoles, tribunaux, gendarmeries…
»
↑
Proverbe repris notamment dans Kker a mmi-s
umaziɣ
(Debout fils d'Amazigh), chant nationaliste algérien et berbère
d'expression kabyle.
La Petite Kabylie est une région montagneuse située au nord-est de l’Algérie, moins connue que sa voisine
la
Grande Kabylie, mais tout aussi riche en histoire, en culture et en paysages spectaculaires. Nichée
entre les reliefs escarpés et les vallées verdoyantes, elle constitue un véritable trésor naturel et humain,
où
les traditions berbères (amazighes) continuent de vivre au quotidien.
Un territoire de montagnes et de nature préservée
La Petite Kabylie est caractérisée par un relief accidenté, dominé par des montagnes, des forêts denses
et
des rivières sinueuses. Cette nature généreuse permet une biodiversité remarquable, mais impose
aussi
un mode de vie adapté. L’agriculture y est souvent pratiquée en terrasses, avec des cultures traditionnelles
comme l’olivier, le figuier et les céréales. L’huile d’olive produite dans la région est particulièrement
appréciée pour sa qualité et son goût authentique.
Une organisation sociale basée sur la solidarité
Dans les villages kabyles, la vie s’organise autour de valeurs communautaires fortes. La solidarité
entre habitants est un pilier fondamental : entraide dans les travaux agricoles, participation collective
aux
événements, ou encore gestion des affaires du village via des assemblées locales appelées “tajmaat”. Cette
organisation sociale ancestrale témoigne d’un profond sens de la démocratie participative.
Une culture vivante et authentique
La culture kabyle y est omniprésente. La langue amazighe est parlée au quotidien, et les traditions
sont
transmises de génération en génération. Les fêtes locales, les mariages et les célébrations religieuses sont
autant d’occasions de faire vivre les chants, les danses et les tenues traditionnelles. La musique raconte
l’histoire du peuple, ses luttes, ses joies et ses espoirs.
Béjaïa : perle méditerranéenne de la Petite Kabylie
Béjaïa est l’une des villes les plus emblématiques de la Petite Kabylie, située sur la côte
méditerranéenne. Connue pour son port historique et ses paysages spectaculaires entre mer et
montagne,
elle occupe une place importante dans l’histoire de l’Algérie. Anciennement appelée Bougie, la ville a donné
son
nom au mot français “bougie”, en raison de son rôle majeur dans le commerce de la cire au Moyen Âge.
La ville de Béjaïa se distingue par son patrimoine riche et varié. Elle abrite de nombreux sites
historiques, dont la célèbre Casbah, les remparts anciens et plusieurs monuments datant de différentes
périodes,
notamment berbère, romaine et ottomane. Le cap Carbon, avec son phare perché parmi les plus hauts du monde,
offre une vue imprenable sur la mer Méditerranée et les falaises environnantes.
Béjaïa est également un centre culturel dynamique. Elle joue un rôle essentiel dans la préservation
et
la diffusion de la culture kabyle. Festivals, événements artistiques et activités culturelles y sont
régulièrement organisés, attirant visiteurs et habitants. La ville est aussi connue pour son université, qui
contribue à son dynamisme et à son ouverture sur le monde.
Sur le plan naturel, Béjaïa bénéficie d’un cadre exceptionnel. Le parc national de Gouraya, situé à
proximité, est classé réserve de biosphère par l’UNESCO. Il abrite une faune et une flore remarquables, dont
le
singe magot, espèce emblématique de la région. Les plages, les criques sauvages et les montagnes
environnantes
en font une destination idéale pour les amoureux de la nature et du tourisme écologique.
Entre défis modernes et préservation du patrimoine
La région n’échappe pas aux défis contemporains. L’exode rural touche fortement la Petite Kabylie,
notamment chez les jeunes qui quittent les villages pour chercher des opportunités ailleurs. Malgré cela, de
nombreux habitants restent attachés à leur terre et œuvrent pour préserver leur patrimoine culturel et
naturel.
Un avenir tourné vers le tourisme et la valorisation culturelle
Ces dernières années, un regain d’intérêt pour l’identité amazighe a contribué à redonner vie à certaines
initiatives locales. Des projets de tourisme rural, de valorisation de l’artisanat et de promotion
de
la culture kabyle voient le jour. La Petite Kabylie, avec son authenticité et ses paysages préservés, a le
potentiel de devenir une destination prisée pour les voyageurs en quête d’authenticité.
En somme, la Petite Kabylie incarne une Algérie profonde, fière de ses racines et tournée vers
l’avenir.
Entre tradition et modernité, cette région continue de raconter une histoire unique, façonnée par la
montagne,
la résilience de ses habitants et la richesse de sa culture.